22 mai, jour 1

J’ai replongé. Immersion totale. Plus de goût pour rien d’autre qu’écouter, lire, penser – aller nager plus tard, quand même.

Discuter un peu aussi, retrouver dans les méandres de l’esprit, entre traces de mémoire et réminiscences des festivals passés, ce qui fait l’essence d’être ici, le carburant pour naviguer de mois en années depuis près d’une décennie.

Avoir chaud puis un peu frais, vibrer s’étonner sourire, ajuster regard et oreilles pour capter les flux de savoir, louvoyer entre commentaires et réflexions glanées de conférences en tables rondes, essayer de garder l’essentiel pour repartir lundi avec sa besace savamment remplie de ce qui nourrira l’esprit et permettra de créer à son tour jusqu’à l’année prochaine…

Merci @etonnantsvoyageurs, te retrouver est toujours aussi délicieux.

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23 mai, jour 2

Quelque chose nous emporte.

On n’y peut rien c’est là. Au creux des pages entre lignes et marges. Cet à côté de la « vraie vie » qui attire et happe. Encore une fois. Le courant est docile et lent quand on y entre. Il serpente langoureusement sous les frondaisons centenaires. Les premières brasses sont tranquilles, l’air est plus frais que l’eau, c’est un baume sur le corps et l’âme s’étire en nonchalance, virevolte sur l’onde, tente une envolée vers l’azur au fil des méandres.

On se laisse bercer. Assez vite on sent toutefois une accélération dans les mouvements à la surface. Une risée un influx et nous voilà comme tirée doucement vers un vaste estuaire. De vaguelette en tourbillon on est prise, il est trop tard pour se dégager du flux qui roule vers la mer. On tente une brasse vers la rive, quelques battements en sens contraire de cet élan qui aspire au grand large. Il est trop tard pour lutter, nous voila hauturière avant que de pouvoir se hisser sur le frêle esquif qui attendait notre souffle épuisé, nos membres endoloris par un trop long effort.

On naviguera bientôt à travers ces contrées luxuriantes, depuis le plus profond des abysses où bat le cœur des mots, vers le firmament étoilé de nos désirs d’entendre, lire et écrire encore, toujours.

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Les autres jours, j’ai souvent voulu prendre stylo et carnet, mais trop de monde, trop de tension, trop d’attention à ce qui se trame entre loge et plateau du Café littéraire, surtout. L’esprit happé par les lumières, les regards, les bémols et les dièses à harmoniser aux notes déjà tracées par Maëtte, Anne, Arnaud et Elie sur la partition journalière, trois fois dix heures sans s’arrêter à peine, le temps des soirées. Là, courir un peu encore entre envies et horaires, coups à boire, gens à voir et lieux où s’asseoir pour l’étonnement, le partage, l’énergie d’artistes en fusion. La nuit, trouver quelques heures pour refaire les batteries, ranger entre neurones survoltés et ressentis fugaces ce qui fait déjà des souvenirs, ô combien précieux. Le matin, dès l’aurore ourlée du vol des goélands, fidèles muezzins dont le cri résonne entre les hautes maisons et les remparts pluriséculaires, ouvrir grand les yeux pour contempler la mer au-delà du Sillon. En humer les saveurs, prendre son souffle au gré du vent du large et plonger dans le dédale des couloirs et escaliers du Palais, pour une nouvelle journée de découvertes ou de retrouvailles.

Pas d’instant suspendu, donc, entre ce qui se vit et ce qui s’écrit. Juste des pensées qui fusent, flottent un peu puis s’amenuisent au lointain du récit qui déjà se faufile entre les visages, les postures, les paroles et les piles de livres dont on a parlé. Le chemin, tout en courbes légères, ondule d’une conversation à bâtons rompus à l’extase des mots justes prononcés en ricochet des pages lues, il entame l’ascension d’un Everest de création littéraire, il voyage au long cours, de recherches historiques en éclatement des savoirs. Il explore les blessures et les éblouissements, il arpente les vies, les pays, le vivant et les éléments.

Iridescent est le mot qui me vient pour décrire la multitude de paysages traversés. Jean-Michel Le Boulanger et ses splendides acolytes l’ont fabriqué, Brecht Evens l’a illustré, nous toutes et tous, auteur.ices, bénévoles, éditeur.ices, libraires et personnes des régies, l’avons réalisé. Le Festival Étonnants Voyageurs est une riche mosaïque de couleurs et de formes, une boule à facettes qui continue d’illuminer l’horizon de mille promesses d’histoires à raconter encore, pour patienter jusqu’à l’année prochaine.